Secret Chiefs 3 - Book Of Horizons [2004]

Secret Chiefs 3  Book Of Horizons [2004]

Horizontalité : 4.5/5
Verticalité :  4/5
Profondeur : ∞/5

Jusqu’où peut-on possiblement aller en musique ?

Les seules limites qui soient sont celles qu’on s’imagine. Il est question de représentation. C’est en cela que ce « livre des horizons » porte terriblement bien son nom. Secret Chiefs 3 – l’arbre - cache six groupes – la forêt - dont le point concours est Trey SPRUANCE, ce visionnaire, cet ange déchu de Mr. Bungle et Faith No More : six groupes pour quatorze points de fuites, comprenez quatorze titres qui ensemble étirent la portée de votre vue pour peu que vous l’acceptiez.

Le livre des horizons est une omniscience musicale. Il sait tout, voit tout, comprend tout et oublie tout pour finalement être. C’est un arlequin des couleurs et des formes : les techniques stylistiques piochées sont si bien fondues ensemble dans ce creuset que je qualifierai le tout de ‘musique monde’. Un héritage culturel commun en somme. Les transmutations chromatiques que les six groupes (Forms, UR, The Electromagnetic Azoth, Ishraqiyun, Holy Vehm et Traditionalists) opèrent donnent vie à des chimères fascinantes.

C’est une alchimie des sons et des instruments, une intelligence cosmogonique qui dit oui à tout, qui a le sens du temps. Ici on ne pose pas. Ici on ne parle pas. L’œil est vif, la pulsion est tendue : la musique est possédée, les couleurs vous projettent dans un les palais d’un Orient mythique lointain (‘The 3’), plus loin que le sommier de l’aube, au delà de la rotondité de la Terre, par delà l’horizon lui-même. La palette des musiciens est large : du chanteur de death-metal aux trois joueurs de tablas (trois !), SPRUANCE Sensei a de quoi s’appliquer à peindre ce qu’il se cache de plus déments dans les circonvolutions les plus tortueuses de son cerveau.

Le tour de force c’est d’avoir réussi à associer une expression à un procédé. La pièce commence à l’envers : ouverture avec la fin des temps, ‘The End Times’. Le risque c’est de s’en satisfaire et d’y rester piégé(e), de ne jamais prendre le temps de voir du pays et d’avoir la nécessité du monde et le sens du temps. Ne surtout pas céder à la tentation du bouton replay. Ne pas être tenté de réécouter le final déchirant, ne pas s’injecter une nouvelle dose de mélancolie et de voyage. Parce qu’un peu plus loin, on traverse le carré parfait, l’enchainement des quatre titres qui peut à lui tout seul justifier (si besoin est) de s’être procuré Book Of Horizons : ‘The Owl In Daylight’ + ‘The Exile’ + ‘On The Wings Of Haoma’ + ‘Book T – Exodus’. Comment faire plus cinématographique et plus dément ? Le pari n’était pourtant pas gagné car ‘The Exile’ et ‘On The Wings Of Haoma’ laissaient un sale arrière-goût de patchworks un peu infâmes. Mais ces logorrhées polyphoniques prennent sens dans leur contexte, par ‘The Owl In Daylight’ et ‘Book T – Exodus’ précisément qui donnent une grammaire à ces mots esseulés, une histoire à ces notes et ces sons orphelins et désorientés.

Le combo va même jusqu’à nous gratifier d’un peu de spontanéité délicieuse et candide le temps d’un ‘Welcome To The Threaton Animotrique’ qui clowne (clowner = singer, mais en différent) le saisissant ‘The End Times’ d’ouverture en lui empruntant sa structure, ses tonalités et ses mélodies. Gloria ! Un pied-de-nez à un chef d’œuvre qui n’avait pas fait de pathos. Un peu comme si Leonard De Vinci après avoir peint la Joconde s’atteler à son équivalent cubiste puis les présentait en ouverture et clôture d’exposition.

Et cela pourrait continuer ainsi et ainsi pendant des heures sans sens autre que celui d’exprimer un dessein que je ne pense pas avoir saisi mais qui bien au contraire m’a saisi et la délivrance, ce sera l’attente des deux autres volumes car Book Of Horizons doit être le premier d’une trilogie dont la sortie du second volume est sans cesse repoussée depuis des années pour arriver à cette annonce pour automne 2010 soit incessamment sous peu j’espère.

Ouvrir le livre des horizons, c’est prendre un aller simple pour le centre de la Terre sans retour possible, dévorer notre univers d’une seule bouchée et avoir le reste de sa vie pour digérer, prendre la mer avec comme seul boussole le soleil levant : c’est se narrer des contes oubliés, traverser les continents, tracer des routes invisibles et éphémères et enfin aux portes du monde… La suite pour bientôt.

Book Of Horizons – Secret Chiefs 3
© 2004 Mimicry

Jeudi, novembre 4, 2010 — 1 note
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  1. panem-et-circem a publié ce billet