Baroness – Red Album [2007]

Baroness  Red Album [2007]

Horizontalité : 4/5
Verticalité : 2/5
Profondeur : 4.5/5
 
Des ours et de la haute couture.

Sur le papier, “ça casse pas trois pattes à un jésuite” comme le dit un de mes amis de longue date. Quatre mâles, de la musique testostéronée, des rares témoignages lives caverneux, des premières parties pour Metallica… (l’erreur est humaine mais si ça peut leur permettre de se faire connaitre et de voir du pays…). Qui aurait cru qu’autant de féminité pouvait s’y cacher ?

La pochette intrigante avec son inspiration art nouveau et ses nymphes ennuyées m’avait d’abord fait demander si j’avais à faire avec des mecs qui voulaient se donner un style ou s’il se cachait de la personnalité derrière ce masque baroque. Au delà de ma médisance, j’ai pu trouver mieux que cela : une transe chamanique que je n’avais pas connu depuis Tool n’attendait que l’ouverture de mon troisième œil pour me prendre en son sein et me plonger dans ce maelström rocailleux et métallique.

Baroness ne révolutionne pas vraiment ce genre de stoner un peu grunge et un peu psyché, il le refond à son image. Dans le genre alliage rage/émotion, difficile de trouver la perle rare qu’ils sont. La voix bestiale de BAIZLEY éructe quelques poèmes sous forme d’éclipses vocales, se faisant oublier entre de longues plages instrumentales. L’album est une unité au sein de laquelle certains moments sont créés pour poser cette voix sans franchement s’y attarder ni s’y attacher. Elle va jusqu’à être réduite à son expression la plus primaire et la plus immédiate : un cri. ‘Aleph’ en fait les frais et l’effet est ravageur : la tension est à son comble, les cymbales disparaissent, le cri se fait entendre, l’explosion tant attendue arrive, la voix s’est tue, les instruments reprennent leur office et leur espace. C’est l’une des signatures de la formation et c’est bien là où ces gars excellent : quand il s’agit de vous empoigner par surprise, et l’adrénaline montée vous relâcher.

Leur sens de la mélodie développée n’a d’égal que leur somptueuse pochette sur laquelle je reviens un instant : ces illustrations rouges et féminines sont d’après moi les pendants picturaux de ‘Cockroach En Fleur’ et ‘Wanderlust’. Cette paire illustre – justement – plutôt bien ma note d’horizontalité et toute l’intelligence du groupe où les deux guitares y tissent des mailles mouvantes… La dynamique des douze chansons est le fruit de l’assise solide de ces deux guitares, de leur son - qui ménagent un bon équilibre entre crunch mordant, distorsion brillante ou mate, son clean chantant -, de leur partie réglée tantôt en twin à l’unisson, s’harmonisant ensuite l’une et l’autre, dessinant ensuite des lignes contrapuntiques etc. La basse introduit plus des fréquences graves que des mélodies ou un support rythmique remarquable. En fait, elle est soit grasse soit franchement légère ce qui donne simplement l’impression qu’elle a été inhibée – à la composition et au mixage – à ma plus grande surprise lors de ma première écoute ! Ce parti pris ouvre la porte à une nouvelle expressivité. La disparition de la basse à 5’50’’ dans ‘Rays On Pinion’ sculpte un nouveau relief dans un titre déjà bien riche en nuances et mutations en introduisant par la même occasion une nouvelle tension, l’attente de son retour étant comparable à une cascade d’eau qui ira se fracasser plus bas pour faire reprendre son cours sinueux à la chanson.

Comme j’aime si bien le dire, la vraie classe, c’est la retenue. Là encore Baroness assure. ‘Teeth Of A Cogwheel’ participe à créer l’atmosphère parfumée et magnétique de l’album mais ne prend pas le risque de s’étendre dans des développements inutiles… ça sent un peu le riff qu’on n’a pas voulu jeter à la poubelle mais qu’on n’a pas voulu gaspiller pour autant en l’abandonnant (ou peut-être que tout le disque est réglé au millimètre et que tout cela est voulu et pensé, qui sait). En contrepoids, ‘O’Appalachia’ donne une dernière occasion à BAIZLEY de cracher quelques vers pour une durée toute aussi courte le temps d’une dernière cavalcade.

Pour le comparer à son successeur, le Blue Record (paru en 2009), le Red Album accuse un très léger manque de maturité (bien que le groupe n’en soit pas à son premier essai, ayant sorti quelques EP auparavant) qui se manifeste par une absence d’efficience générale. Le groupe remplit son office en imposant son style et un climat durant 45 minutes de musique mais avec cette même durée, ils réussiront à proposer un peu plus de diversité dans leur second album sur cette même durée. Toujours est-il que les deux résultent de la même marque de fabrique : des arabesques fleuries finement découpées, dans un vase d’argent.

Red Album – Baroness
© 2007 Relape Record

“Raise your voices
This is where the good times went from me
Breathe in choruses
This is where the waning sated me”

Mercredi, octobre 20, 2010 — 1 note
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  1. panem-et-circem a publié ce billet